Emmanuel de Martonne (1873 – 1955) et la Roumanie

14 avril 2018
        à 16h30

M. Jean-Paul AMAT (géographe, Professeur émérite de l’université Paris Sorbonne, docteur d’Etat ès lettres et Sciences humaines. Président de la Société des Amis du Musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides, Paris

 

 Résumé 

Après des études secondaires au lycée de Laval (Mayenne), Emmanuel de Martonne intègre l’Ecole Normale Supérieure de Paris en 1892. Il suit les cours de géographie de Paul Vidal de la Blache, dont il devient disciple. Il est agrégé d’histoire et de géographie en 1895. Il consacre ses recherches doctorales à la géographie de la Roumanie, où il séjourne cinq années, pour des séjours de plusieurs mois : 1898, 1899, 1900, 1903, 1906. En 1902 et 1903, il soutient une thèse de Lettres, La Valachie, essai de monographie géographique, suivi d’un travail complémentaire, Recherches sur la répartition géographique de la population en Valachie avec une étude critique sur les procédés de représentation de la répartition de la population; en 1907, une thèse de Sciences, Recherches sur l’évolution morphologique des Alpes de Transylvanie (Karpates méridionales). Après avoir professé à l’université de Lyon (1906-1909), il est élu à la Sorbonne en 1909. Ce maître de la géographie française publie en 1909 Traité de géographie physique, ouvrage qui fut, pendant un demi-siècle, la « bible » des étudiants géographes et une référence indispensable aux chercheurs de la discipline. La Roumanie reste le terrain et le territoire de cœur du chercheur. Il y séjourne en 1911 puis, l’épreuve de la guerre passée, il y revient en 1920, 1921, 1923, 1926, 1928, 1932 et 1937. En 1921, professeur invité à l’université de Cluj pour un semestre, il organise une série d’excursions dont il rapporte de précieux carnets de terrain. Pour la Géographie universelle, il rédige en 1930 le volume consacré à l’Europe centrale.

De Martonne fut aussi un personnage clef de la Conférence de la Paix. En 1917, un Comité d’études composé de 35 universitaires, de 2 experts civils et du général chef du service géographique de l’armée, fut chargé de travailler sur les buts de guerre de la France. De Martonne dirigea son secrétariat, entouré d’une équipe composée de jeunes collègues agrégés. Le comité permit à la délégation française à la Conférence de la Paix de répondre rapidement à des demandes d’analyses, de mémoires ou de cartes. Parallèlement, de Martonne participa en tant qu’expert aux séances de commissions et sous-commissions de la Conférence (celle des affaires roumaines et yougoslaves, celle des affaires polonaises, celles des affaires tchécoslovaques et polonaises). Sa mission était de convaincre du bien-fondé des positions françaises, en tant que géographe spécialiste des régions concernées. Pour la création des nouveaux États européens, ii fit accepter le principe de « viabilité des frontières ». Il insista pour que la fixation des nouvelles frontières ne retienne pas le seul critère de regroupement ethnique ou national (selon le principe wilsonien du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes), mais aussi ceux des infrastructures du territoire à naître : ressources minières, énergétiques, arables, climatiques ; infrastructures routières, ferrées et fluviales ; données économiques. Ainsi la Roumanie et la Tchécoslovaquie obtinrent-elles, le long de leur frontière avec la Hongrie, des lignes de chemin de fer les reliant entre elles et à la Yougoslavie, malgré la présence, sur le tracé de ces voies, d’isolats à majorité de peuplement hongrois (Arad, Oradea – Nagyvarad, Satu-Mare – Szatmarnémeti, Kosice – Kassa). Il est instructif d’appliquer, en retour, ce concept de viabilité aux propres travaux des commissions : un siècle après, maintes frontières européennes sont toujours celles qu’Emmanuel de Martonne contribua à dessiner.

 Jean-Paul AMAT- CV

 né le 2 avril 1949 

  Professeur émérite de l’université Paris Sorbonne, agrégé de géographie, docteur d’Etat ès lettres et Sciences humaines.

  Sa thèse de géographie historique (1815-1995) porte sur deux siècles de relations entre la forêt, la  guerre et le territoire sur les fronts français de la Grande Guerre. 

 • président de la Société des amis du musée de l’Armée, Hôtel national des Invalides, Paris

  • délégué national au patrimoine naturel de la Fondation du patrimoine

  • conseiller scientifique du GIP du centenaire de la Première Guerre mondiale

  • membre du comité scientifique de l’association de préfiguration de l’inscription du projet Les sites funéraires et mémoriels de la Grande Guerre (front Ouest) sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco

  • conseiller scientifique du musée de la Grande Guerre du Pays de Meaux, du Mémorial de Verdun

  • membre du conseil d’administration de la Fondation du Souvenir de Verdun

 • membre, président sortant, du conseil scientifique commun à la réserve de biosphère Unesco de Fontainebleau et au parc naturel régional du Gâtinais

  • membre du comité de pilotage du label Forêt d’Exception de la forêt domaniale de Verdun, référent auprès de l’Office national des forêts pour les questions de mémoire et de patrimoine des champs de bataille

Son dernier ouvrage, Les forêts de la Grande Guerre. Histoire, mémoire, patrimoine, paru en 2015, aborde les questions des paysages patrimoniaux de la Grande Guerre. Il a obtenu le prix Sergent Maginot de la fondation André Maginot, Verdun 2015, le prix Georges Hachette de la Société de Géographie, Paris 2016 et le prix Edouard Bonnefous de l’Académie des Sciences morales et politiques, Paris 2017.