Brancusi: l’autoportrait photographique ou l’art de sculpter son image

 

Résumé

Brancusi a eu très tôt conscience de la nécessité de bien présenter son œuvre et de soigner son

portrait d’artiste pour la postérité. Par conséquent, il décide de produire les images de lui-

même et de son œuvre afin de ne rien laisser au hasard. On peut s’interroger sur son exigence

de tout contrôler le concernant : était-ce par souci de laisser à la postérité l’image que lui-

même avait construite pour son public ? De toute évidence, Brancusi voulait maîtriser toute

image, qu’elle porte sur son œuvre ou sur lui-même. Il souhaitait imposer sa conception de

l’installation de la même manière qu’il désirait maîtriser ce qu’on écrivait sur lui. Avant

même d’avoir son appareil photo, et son « cours » de photographie dispensé par Man Ray, le

sculpteur se met en scène et supervise son image selon ses propres critères. Ses autoportraits

devaient parfaitement accompagner et s’intégrer à son projet d’autobiographie – jamais

abouti –, et qu’il avait conçu comme un essai sur son travail, enrichi de souvenirs et

d’anecdotes. N’ayant pas un plan bien précis, le sculpteur se photographie en différentes

situations, comme s’il souhaitait conserver des étapes de sa vie et de sa création.

Au moment où Brancusi se charge de réaliser toutes les images représentant ses créations et

lui-même, il devient son propre agent. Il travaille ses autoportraits selon sa propre conception

et selon son idée sur l’image que la postérité devait garder de lui et de son œuvre.

L’ensemble de ces « autoportraits » photographiques prouve, en tout cas, que c’est bien un

œuvre entier que Brancusi voulait laisser. Un héritage, dont il fait, lui aussi, partie…

 

Doina LEMNY - CV

 

Doïna Lemny, docteur en histoire de l’art, est attachée de conservation au Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou.

Co-commissaire de sept expositions thématiques à l’atelier Brancusi de 1998 à 2002. Elle a organisé à la galerie du musée les expositions : « Antoine Pevsner dans les collections du Centre Pompidou » (2001), « La Dation Brancusi » (2003), « Henri Gaudier-Brzeska dans les collections du Centre Pompidou » (2009) et a dirigé les catalogues.

Elle est l’auteur de Brancusi, Paris, Oxus, 2005, Brancusi & Gaudier-Brzeska : points de convergence et Henri Gaudier-Brzeska : Notes sur Liabeuf et Tolstoï, Paris, L’Échoppe, 2009, Lizica Codréano, une danseuse roumaine dans l’avant-garde parisienne, Lyon, Fage, 2011, Brancusi, au-delà de toutes les frontières, Lyon, Fage, 2012, Brancusi, coll. « Monographies », Paris, éditions du Centre Pompidou, 2012 ; Henri Gaudier-Brzeska, un sculpteur « mort pour la France », Lyon, Fage, 2015.