Sarmizegetusa Regia – les métamorphoses d’un lieu de mémoire

 

Résumé

Sarmizegetusa Regia (la capitale royale des Daces), est, peut-être, le plus fameux site archéologique de Roumanie : sa célébrité est explicable par son statut de lieu de mémoire, incrusté dans l’imaginaire national des Roumains, tout comme Alésia représentait un repère solide de la tradition historique française.

Le site a été associé aux débuts de l’ethnogenèse roumaine en tenant compte qu’il a vu se dérouler le dernier épisode, dramatique, de la conquête du Royaume des Daces par l’empereur Trajan, en 106 ap. J.-C.

Erigé sur une montagne dans le Sud de la Transylvanie, à 1000 m d’altitude, l’agglomération a la structure et les fonctions d’une ville: les trois parties (la forteresse, le sanctuaire et les vastes quartiers civils) sont reliées par des chemins; les fouilles ont mis en évidence une architecture sacrée monumentale, des ateliers métallurgiques et des maisons, contenant un riche mobilier bâties sur plus de 260 terrasses artificielles.

Au début du IIe siècle ap. J.-Chr., après une courte occupation romaine, l’endroit est tombé dans l’oubli jusqu’au XVIIIe siècle, quand la découverte d’un trésor, par les paysans de la région, a attiré l’attention des autorités autrichiennes de la Transylvanie. Ils ont commencé une chasse aux trésors officielle, mais ils ont trouvé des monuments qui ont accaparé l’intérêt des érudits, dans le climat culturel favorable à la valorisation des antiquités, typique au XIXe siècle.

Les fouilles scientifiques entreprises depuis 1922 et jusqu’à nos jours, par l’Université de Cluj, ont mis au jour une civilisation surprenante par sa complexité dans la région des Monts d’Orăștie: une architecture en pierre de taille, des établissements et des forteresses, tout comme un riche mobilier. Dans la perception des Roumains, l’histoire des guerres daco-romaines et la conquête de la Dacie ont gagné ainsi leur dimension géographique concrète et, à la fois, symbolique.

Le national-communisme des années 1980 a cherché sa légitimité dans le photochronisme et dans l’exaltation de la mémoire fictive d’un « Âge d’or » héroïque, en manipulant l’histoire. Le régime a pris l’initiative de ressusciter la gloire de Sarmizegetusa en démarrant un projet de « restauration » des monuments, qui a gravement affecté leur intégrité. Dans ce climat nocif, une littérature et des films d’inspiration historique, assez appréciés par le public, ont infesté le mental collectif avec des stéréotypes, aujourd’hui très difficiles à démonter par l’archéologie.

Ce lourd passé récent engendre une sorte de mysticisme contemporain, et des tendances daco-maniaques qui tentent de construire autour de ce site une nouvelle mythologie, basée sur une histoire fictive.

Depuis 1999, les monuments des Monts d’Orăștie sont inscrits sur la Liste du Patrimoine Mondial de l’UNESCO ce qui a stimulé les efforts de les transformer dans des objectifs d’un tourisme culturel civilisé.

 

Gelu Aurel FLOREA - CV

 

Le Professeur Gelu Aurel Florea est né à Cluj (Roumanie) en 1965 ; il enseigne l’archéologie protohistorique à la Faculté d’Histoire et de Philosophie de l’Université Babes-Bolyai (Cluj). Il est le directeur des fouilles du site de Sarmizegetusa Regia (la capitale du Royaume Dace) et des autres forteresses des Monts d’Orastie, depuis 2009. Boursier de l’École Française d’Athènes (oct. 1998) et la Maison des Sciences de l’Homme (Paris, Avril – Juin 2002, Sept. – Oct. 2006).

Auteur des plusieurs livres et études concernant la civilisation des Daces, la religion et l’art du deuxième âge du Fer en Roumanie dans un contexte européen ; il a présenté des conférences à l’École Pratique des Hautes Études (Paris), aux Universités de Vienne (Autriche), Cambridge (Royaume Uni), Lyon etc.

G. A. Florea (coord.), Matrița de bronz de la Sarmizegetusa Regia, Ed. Mega, Cluj-Napoca, 2015 ; G. A. Florea, Dava et Oppidum. Les débuts de la genèse urbaine en Europe au deuxième âge du Fer, Ed. Centrul de Studii Transilvane, Cluj-Napoca,  2012 ; V. Sîrbu, G. Florea, Les Geto-Daces. Iconographie et imaginaire, Ed. Centre d’Études Transylvaines, Cluj-Napoca, 2000; G. Florea, Ceramica pictată. Artă, meșteșug și societate în Dacia preromană (sec. I a. Chr. – I p. Chr.), Ed. Presa Universitară Clujeană, Cluj-Napoca, 1998.

En savoir plus: 

http://www.cetati-dacice.ro/

http://dacit.utcluj.ro/